Allergies et dérèglement climatique ? Une obligation

publiée par le magazine Acteurs Publics

Auteurs : 

  • Professeur Antoine Magnan,  président de la société française d allergologie
  • Cyril Tavier, président de la Fondation Stallergènes
  • Gilles Berhault, Président d’une grande association du « développement durable »

"Nous avons aujourd’hui la conviction que notre approche du soin va devoir évoluer face aux dérèglements climatiques déjà en cours et qu’il faut intégrer dans notre approche transversale le couple climat et  allergies. "

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Pour la troisième année consécutive, l’État a organisé la « Conférence Environnementale », qui a eu lieu les 27 et 28 novembre 2014.  Cette conférence annuelle met en présence des ministres, des représentants de la société civile et des experts dont le propos est d’échanger pour élaborer les feuilles de route gouvernementales sur l’environnement.

 

Conscients de ces enjeux, nous - professeur spécialiste des allergies, dirigeants d’un laboratoire biopharmaceutique, président d’une grande association spécialiste du développement durable, nous réjouissons  qu’une des tables rondes de cette Conférence soit consacrée à « Santé et Environnement ».

Ce thème qui revêt une importance particulière, est également repris par Ségolène Royal et Marisol Touraine dans leur très récent « plan national de Santé environnement », qui présente la « prévention du risque d’allergie liée aux pollens » comme une des dix mesures immédiates à mettre en œuvre. Nous nous associons pleinement à cette décision. En effet, le nombre de patients souffrant d’allergies  augmente, régulièrement. Pollution de l’air, chaleur, stress, alimentation, sont autant de facteurs qui y contribuent.

 

La France accueillera en décembre 2015, la Conférence Mondiale sur le Climat, COP 21. Afin de préparer cette conférence mondiale, une des tables rondes de la conférence environnementale de novembre a pour objet la mobilisation pour l’atténuation et la lutte contre les changements climatiques.

 

Nous avons aujourd’hui la conviction que notre approche du soin va devoir évoluer face aux dérèglements climatiques déjà en cours et qu’il faut intégrer dans notre approche transversale le couple climat et  allergies. 

 Un Français sur quatre souffre d'une allergie respiratoire[1]. Parmi ceux-ci, 15% à 20% sont atteints de rhinite allergique sévère[2]. Au-delà des symptômes très handicapants au quotidien, la rhinite allergique sévère peut entraîner un risque important pour la santé. Non prise en charge, elle provoque le développement d'autres allergies et se transforme en asthme dans 40% des cas[3].

Ce sont des maladies causées par une multitude de facteurs et qui provoquent une multitude de symptômes.

Nous connaissons tous des enfants et aussi des adultes souffrant d’allergies respiratoires  qui s’endorment à tout moment, ont du mal à se concentrer, vivent constamment avec des mouchoirs, éternuent toute la journée… leur vie est un véritable calvaire. Leurs symptômes peuvent être calmés ponctuellement  par des traitements dont on connait bien les effets secondaires et dont l’effet n’étant pas durable ne permet pas de les soigner.

Les allergies respiratoires vont très probablement se développer et augmenter du fait d’un réchauffement global et des événements météorologiques de plus en plus fréquents. Et bien évidemment de l’appauvrissement de la qualité de l’air urbaine. Face à celles-ci, il n’y a pas deux personnes identiques. Pour optimiser la guérison, nous devons personnaliser, localiser et nous appuyer beaucoup plus sur les opportunités qu’offre la nature.

 

Des méthodes innovantes de désensibilisation ont pu ainsi être développées depuis 30 ans de collaboration entre les spécialistes de l’allergie et un laboratoire. Les traitements d’Immunothérapie allergénique peuvent être composés d’extraits allergéniques naturels d’une grande variété et qui sont , directement issus soit de cultures de pollens, soit d’élevage d’acariens installé en France.

 

L’immunothérapie allergénique s’annonce comme une des médecines du futur, portée par une démarche globale de développement durable. C’est une médecine totalement individualisée, qui n’utilise que des produits d’origine naturelle, cultivés et transformés localement. C’est aussi un savoir faire français de certains hôpitaux et de laboratoires, particulièrement innovants avec des chercheurs reconnus mondialement[4]. Ces compétences spécifiques auront à s’ouvrir à d’autres types d’allergies notamment alimentaires, qui elles aussi sont de plus en plus nombreuses.

 

Nous souhaitons que l’État et les pouvoirs publics puissent porter fortement cette question des allergies, l’intégrant comme un élément de qualité de vie et aussi de performance de nos entreprises, de notre administration et de nos écoles. Cette médecine nouvelle, où se rencontrent préventions et traitements, permet de guérir ce que l’on ne sait que calmer provisoirement. Pour cela elle doit rester extrêmement personnalisée et très localisée.

 

La médecine doit anticiper les dérèglements climatiques. Le nombre de français souffrant des allergies respiratoires augmente, qu’en sera-t-il à +2°C ? ou plus ? Il faudra s’adapter, c’est maintenant que nous devons agir, à l’échelle de ce nouvel enjeu de société.

 

Professeur Antoine Magnan,  président de la Société Française d'Allergologie

Cyril Tavier, président de la Fondation Stallergènes

Gilles Berhault, Président d’une grande association du « développement durable »



[1] Bauchau. et al. Epidemiological characterization of the intermittent and persistent types of allergic rhinitis. Allergy 2005: 60: 350-353

[2] White P. et al. Symptom control in patients with hay fever in UK general practice: how well are we doing and is there a need for allergen immunotherapy? .Clinical And Experimental Allergy. 1998 : 28 : 266-270

[3]World Allergy Organization Position Paper 2009. Sub-Lingual Immunotherapy. WAO Journal.November 2009; 233-281

[4] La Fondation Stallergènes engage des fonds pour financer les projets de recherche et innovation les plus originaux.