Changement climatique et impacts sanitaires : une évolution déjà observée ?

(Extrait)

Il est des cas (rares) où la responsabilité du changement climatique ne peut guère être niée dans les changements sanitaires observés. L'exemple le plus démonstratif concerne certainement les allergies, et plus spécialement celles qui sont liées à des aéroallergènes, c'est-à- dire à des substances allergisantes présentes dans l'air et véhiculées par le vent. C'est un fait qu'un peu partout, les maladies allergiques flambent. Les chiffres sont à cet égard impressionnants : 8 % des Saoudiens, par exemple, souffraient d'asthme en 1986, et 20 % de rhinites ou de conjonctivites saisonnières ; neuf ans plus tard, en 1995, les taux étaient passés respectivement à 23 et 25 %. La tendance se retrouve peu ou prou dans tous les pays, surtout dans les populations ayant un mode de vie occidentalisé. Ainsi, au Québec, la fréquence des allergies respiratoires aurait progressé de plus de 40 % entre 1978 et 1991. C'est pour l'allergie aux pollens (ou pollinose) que la hausse est la plus spectaculaire : un peu plus de 16 % des Français, soit au bas mot dix millions d'individus, sont désormais concernés alors que le taux couramment admis au début des années 1980 ne dépassait pas 8 %. C'est même d'un triplement en un quart de siècle qu'il conviendrait de parler chez les grands enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Non seulement les allergologues voient de plus en plus de patients aux symptômes caractéristiques (éternuements en rafales, nez qui coule, yeux irrités, rouges et larmoyants, toux sèche, gêne respiratoire...), mais ceux qui en souffrent présentent des manifestations de plus en plus sévères, sur des périodes de plus en plus longues.

Cette recrudescence des affections allergiques a des causes variées, qui résident pour une part dans l'accroissement des pollutions domestiques ou atmosphériques, et pour une autre part dans le fait que nos défenses immunitaires, moins sol- licitées qu'autrefois par la lutte contre les bactéries, se retournent contre des substances étrangères apparemment inoffensives - ce qui est l'exacte définition de l'allergie. Mais l'exposition à un nombre croissant d'allergènes ne peut pas être écartée. Pour ce qui concerne les pollens, même si les preuves objectives font encore défaut, la responsabilité s'oriente vers l'évolution du climat. Nombre d'études récentes convergent en effet pour indiquer que le changement climatique a déjà un impact sur les quantités de pollen émises par la végétation, sur la répartition de ce pollen dans le cours de l'année, et probablement sur ses propriétés allergisantes (David et Thibaudon, 2003).


Air Pur n°72 2è semestre 207

Par Jean-Pierre Besançenot "Climat et santé", Centre d'épidémiologie de populations, Faculté de médecine de DIJON

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Voir p. 19 -Des changements sanitaires dont la responsabilité semble bien attribuable au changement climatique
" l'exemple le plus démonstratif : le cas des allergies"
FR - 2007 - Airpur_72_Besancenot.pdf
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